Ce qu'il faut retenir

  • Des annonces « réservé aux étrangers » excluent de fait des locataires sénégalais pourtant solvables — une pratique documentée et dénoncée (enligne.sn).
  • Les bailleurs invoquent la solvabilité, les impayés et la lenteur du recouvrement. Ces craintes sont réelles — mais elles décrivent un risque individuel, jamais une nationalité.
  • L'outil légal existe déjà : bulletins, relevés, garant, et une caution plafonnée à 2 mois (1 seul exigible à l'entrée), l'avance de loyer étant interdite (décret n° 2023-382). Exiger 3 ou 4 mois sort du cadre — le risque peut s'évaluer sur pièces, sans filtrer par origine.
  • Le second tranchant : l'étranger préféré est souvent l'étranger surfacturé — « tarif expat », plafonds légaux méconnus, peu de recours. Être choisi à l'entrée n'empêche pas d'être exploité ensuite.
  • L'effet boomerang : un marché adossé à une clientèle mobile est un marché fragile. Si Dakar devient trop chère pour ce qu'elle offre, ceux pour qui on a exclu les locaux peuvent partir — et laisser des biens surévalués sans locataires. Analyse prospective, pas prévision.

Le scénario revient si souvent qu'il est devenu un lieu commun des conversations dakaroises : un Sénégalais, salaire stable et garanties en main, appelle pour un appartement — et s'entend répondre que le bien est « réservé aux étrangers ». Sur les plateformes d'annonces comme au guichet des agences, les mentions « réservé aux étrangers » et « préférence expatriés » se multiplient, « excluent de fait les nationaux » et « suscitent une vive désapprobation chez les locataires sénégalais », rapporte le média enligne.sn dans une enquête de juillet 2026 (enligne.sn).

Le sujet est inflammable, et c'est justement pour cela qu'il faut le traiter froidement — en écoutant les deux camps. Car derrière l'indignation, légitime, il y a des propriétaires qui ont de vraies raisons de craindre l'impayé. Et derrière la préférence, il y a un piège que personne ne voit venir : ce marché fait deux victimes, pas une.

Le constat : des portes fermées dans sa propre ville

Le phénomène n'est pas nouveau. « Documentés depuis plusieurs années, ces refus persistent sur les plateformes en ligne et via les agences », écrit enligne.sn : « des locataires nationaux, pourtant solvables, se heurtent à des portes closes, alimentant un sentiment d'injustice sur un marché déjà marqué par la cherté des loyers » (enligne.sn).

Ce ressenti se greffe sur une réalité déjà tendue. Dans les quartiers prisés — Almadies, Ngor, Mermoz, Fann-Point E —, les loyers atteignent des niveaux sans rapport avec le salaire moyen, estimé à environ 96 000 FCFA par mois par l'ANSD (chiffre rapporté par Le360), quand un appartement de standing « peut se louer jusqu'à 1,5 million de FCFA par mois » (Le360). Se voir refuser, en plus, l'accès à ce parc au motif de sa nationalité ajoute l'humiliation à la difficulté. C'est ce cumul qui rend le sujet si sensible.

La logique du bailleur : ce n'est pas de l'idéologie, c'est du rendement

Commençons par le point le plus mal compris. Cette préférence n'est, dans l'immense majorité des cas, ni de la xénophobie ni un rejet des siens : c'est un calcul. Les bailleurs et agences « justifient souvent cette préférence par la solvabilité supérieure des locataires étrangers : paiement en devises, moindre risque d'impayés et rotation plus prévisible », résume enligne.sn (enligne.sn).

Le loyer, plus élevé et parfois adossé à une devise. Une part de la demande expatriée est portée par des employeurs, des multinationales, des ONG ou des ambassades qui prennent le loyer en charge — des locataires « qui ne se soucient généralement pas du montant », observait Elimane Sall, présenté par Le360 comme président de l'Association pour la défense des locataires du Sénégal (Le360). Un loyer haut, réglé sans négociation, est mécaniquement plus attractif.

La rotation, plus prévisible. Un contrat d'expatriation a une date de fin : le bien se libère « proprement », prêt à être reloué au tarif du moment.

Ce que répondent les gérants — et ce que cet argument vaut vraiment

Interrogez un gérant d'immeuble, et le discours se déplace : il ne parlera pas de devises, mais de tranquillité. Les arguments qui reviennent — nous les rapportons parce qu'ils structurent réellement les décisions du marché — sont au nombre de trois.

Le premier est l'impayé. Un locataire qui cesse de payer représente pour un petit propriétaire, parfois retraité et dépendant de ce revenu, une perte immédiate et durable.

Le deuxième est la gestion au quotidien : négociations de fin de mois, retards, réparations contestées. C'est ce que certains gérants résument, brutalement, par l'idée que les locataires locaux seraient « plus difficiles à gérer ». Disons-le nettement : c'est une généralisation, pas une donnée. Aucune statistique publique au Sénégal ne compare les taux d'impayés par nationalité de locataire. Ce que ce discours décrit, c'est l'expérience de quelques dossiers difficiles, étendue — abusivement — à des millions de personnes.

Le troisième argument est le plus grave, et il faut le manier avec des pincettes : la difficulté du recouvrement. Des bailleurs affirment qu'en cas d'impayé, la procédure est si longue et si incertaine qu'elle décourage d'avance ; certains vont plus loin et évoquent des pressions ou des arrangements qui viendraient neutraliser un constat — des propos que nous n'avons pu ni vérifier ni documenter. Trois précisions s'imposent, et nous les posons noir sur blanc. D'abord, aucune donnée publique ne mesure l'ampleur de telles pratiques : nous rapportons un argument entendu sur le marché, pas un fait établi. Ensuite, si de tels faits existaient, ils constitueraient des infractions mettant en cause des professionnels assermentés, et relèveraient de la justice et des instances disciplinaires — pas d'un article de blog. Enfin, et c'est l'essentiel : même en admettant que le recouvrement soit difficile, cela ne justifie pas d'exclure une nationalité entière. Un système judiciaire imparfait est un problème d'État ; en faire porter le coût à tous les Sénégalais qui cherchent un logement, c'est punir des innocents pour un risque que d'autres ont créé.

Le glissement à nommer. Entre « je veux un locataire qui paie » et « je ne loue pas aux Sénégalais », il y a un saut logique. Le premier énoncé décrit une exigence de solvabilité, parfaitement légitime, qui s'évalue dossier par dossier. Le second remplace l'examen du dossier par un préjugé collectif. C'est exactement ce glissement — du risque individuel vers l'origine — qui fait basculer une précaution d'affaires en discrimination.

Le paradoxe des garanties : les outils existent déjà

Voici l'angle mort du débat. Si le problème est le risque d'impayé, le droit et la pratique offrent déjà tout un arsenal — et il n'a rien à voir avec la nationalité : bulletins de salaire, relevés bancaires, attestation d'employeur, contrat de travail, caution solidaire d'un garant, domiciliation du salaire. Autant de pièces qui mesurent ce qui compte vraiment : la capacité et la régularité de paiement de cette personne.

Or que fait le marché ? Il alourdit l'entrée. Sous prétexte du même risque, on réclame plusieurs mois d'avance et une caution renforcée. Sauf que la loi est claire, et nous l'avons documentée dans notre enquête sur la caution : la caution ne peut excéder deux mois de loyer pour un loyer inférieur ou égal à 500 000 FCFA, un seul mois étant exigible à l'entrée, le reste étalé sur douze mois ; et l'avance de loyer est interdite par les textes, la commission d'intermédiaire étant par ailleurs plafonnée (décret n° 2023-382 — voir notre article sur la caution et l'avance).

Le paradoxe est donc double, et il mérite d'être posé franchement. D'un côté, des pratiques couramment rapportées — trois à quatre mois réclamés avant la remise des clés — sortent du cadre légal que nous venons de rappeler, et ce au nom de ce même risque. De l'autre, ce même marché ajoute par-dessus un filtre par nationalité, comme si les garanties accumulées ne suffisaient pas. Si la sécurité recherchée est déjà (sur)couverte par l'argent demandé à l'entrée, la préférence par origine n'ajoute aucune protection réelle : elle ne fait qu'exclure. C'est ce qui la rend, économiquement, difficile à défendre — et humainement, indéfendable.

L'autre tranchant : l'étranger préféré est souvent l'étranger surfacturé

On présente volontiers l'expatrié comme le gagnant de cette histoire. C'est une lecture courte. Être préféré à l'entrée n'a jamais empêché d'être exploité ensuite — et c'est le second tranchant du même couteau.

Le mécanisme est simple : celui qu'on suppose solvable est aussi celui à qui l'on ose demander plus. Le « tarif étranger » — un prix affiché nettement au-dessus de la valeur locale du bien — est une pratique fréquemment décrite à Dakar, et elle ne se limite pas à l'immobilier. S'y ajoutent trois vulnérabilités concrètes. Le nouvel arrivant méconnaît les plafonds légaux : il risque de payer sans discuter les trois ou quatre mois d'entrée qu'un Sénégalais averti sait pouvoir contester. Il ne dispose pas du réseau qui permet de vérifier un prix, un titre de propriété, la réalité d'une charge. Et il a, en pratique, peu de recours : engager une procédure pour quelques mois de séjour, dans un pays dont on ne maîtrise ni les codes ni les délais, est rarement une option.

Autrement dit, le même marché qui exclut le local surfacture l'étranger. Les deux faces se tiennent : c'est parce qu'on peut faire payer plus cher à l'un qu'on ferme la porte à l'autre. Personne n'y gagne durablement, sauf celui qui encaisse la rente.

Il faut d'ailleurs corriger une idée reçue au passage. On accuse souvent la location meublée de courte durée d'assécher le marché long, et le basculement existe : un logement loué à la nuitée dans un quartier touristique n'est plus disponible pour une famille à l'année. Mais l'argument a une limite rarement relevée : dans la location longue durée dakaroise, le bailleur encaisse déjà caution et paiements d'entrée, ce qui sécurise sa trésorerie et réduit d'autant l'avantage comparatif de la nuitée. Nous n'avons trouvé aucune donnée publique fiable mesurant l'écart de rendement entre courte et longue durée à Dakar, ni le nombre de logements basculés : nous ne pouvons donc pas quantifier ce phénomène, et nous nous gardons de le faire. Ce qu'on peut dire est plus simple : la courte durée pèse sur l'offre disponible, mais elle n'explique pas, à elle seule, la préférence par nationalité. Le cœur du sujet reste ailleurs — dans la rente et dans la peur du risque.

Ce que dit la loi : la liberté du bailleur, et une zone grise

Peut-on, légalement, écrire « réservé aux étrangers » dans une annonce ? La réponse est plus incertaine qu'on ne le croit. Les baux d'habitation sont régis par le Code des obligations civiles et commerciales (COCC), complété par le décret de 2023 sur l'encadrement des loyers (enligne.sn). Or, explique enligne.sn, « si le bailleur jouit d'une liberté dans le choix de son locataire, les principes constitutionnels de non-discrimination et d'égalité interdisent les traitements arbitraires fondés sur la nationalité ». Deux principes qui se télescopent.

Le média pointe alors le vide : « aucune disposition spécifique et contraignante n'encadre explicitement les annonces discriminatoires, ni ne prévoit de sanctions pénales automatiques dans le cadre privé ». L'avocat Me Mouhamadou Bassirou Baldé, cité comme intervenant en août 2025 sur la RTS, « rappelait que ces pratiques posent problème au regard de l'équité et peuvent être contestées » — mais « les recours restent essentiellement civils (tribunaux ou médiation), ce que beaucoup jugent insuffisant » (enligne.sn). La discrimination par la nationalité heurte donc l'esprit de la Constitution, sans qu'aucun texte ne la sanctionne clairement dans une transaction privée. C'est cette faille que les locataires demandent de combler.

Le revers immédiat : des Sénégalais évincés chez eux

Du côté des locataires, l'équation est vécue comme une double peine : des loyers hors de portée, et par-dessus, un filtre qui les écarte des rares biens de qualité. enligne.sn résume la tension en une formule qui claque : « des bailleurs sénégalais contre des locataires sénégalais ». « Au-delà des discours, c'est souvent une logique purement économique qui prévaut : des bailleurs sénégalais privilégiant des locataires étrangers jugés plus rentables » (enligne.sn).

Le résultat concret, c'est l'éviction : à mesure que les quartiers centraux et côtiers s'orientent vers l'expatrié, les ménages sénégalais se reportent vers la périphérie, plus loin du travail, des écoles et des services — avec le coût de transport et le temps perdu que cela implique.

La nuance qu'il faut absolument tenir

C'est le cœur de cet article, et le point qu'aucune indignation ne doit faire perdre de vue : désigner « les étrangers » comme responsables serait une erreur — factuelle et morale.

Factuelle, d'abord. L'étranger ou le membre de la diaspora qui loue un appartement ne fixe pas la règle du marché : il répond à une offre qu'on lui présente, souvent en la payant trop cher. Ceux qui arbitrent — qui choisissent à qui louer et à quel prix — ce sont les propriétaires et les agences, très majoritairement sénégalais. Et le moteur profond n'est pas la nationalité des locataires, mais un ensemble structurel : une pénurie de logements abordables — le déficit atteint 150 000 unités rien qu'à Dakar selon le ministère chargé du Logement (ministère de l'Urbanisme) —, la rareté du foncier, une régulation floue, et une justice du recouvrement jugée trop lente par les bailleurs. La préférence pour l'étranger est un symptôme de ces causes, pas leur origine.

Morale, ensuite. Deux droits s'opposent, et les deux sont recevables. Le propriétaire a un intérêt légitime à sécuriser ses revenus. Le locataire sénégalais a un droit tout aussi légitime à ne pas être écarté, dans son propre pays, sur le seul critère de son origine. Opposer ces deux camps ne mène nulle part ; l'enjeu est de réconcilier la sécurité des uns avec l'égalité d'accès des autres — ce que résume enligne.sn : « une régulation plus ferme permettrait de concilier la sécurité des revenus des propriétaires avec le droit à un accès équitable au logement pour tous » (enligne.sn).

Et si rien ne change ? Ce que ce marché prépare

Reste la question que le débat quotidien n'aborde jamais, et qui est peut-être la plus importante : que produit, dans le temps, un marché où des nationaux sont écartés du logement chez eux ? Ce qui suit n'est pas une prévision chiffrée — aucune donnée ne permet de modéliser cela au Sénégal. C'est une analyse prospective, que nous assumons comme telle, appuyée sur les mécanismes décrits plus haut.

À court terme : la relégation et le ressentiment. L'effet le plus immédiat est spatial : les ménages solvables mais « du mauvais passeport » s'éloignent du centre. Le second est psychologique, et il ne se mesure pas en francs : l'idée qu'on peut être étranger chez soi. Un sentiment d'injustice qui ne se règle pas au tribunal s'installe, et il se paie plus tard — en défiance envers les agences, en méfiance envers les étrangers, en tentation du raccourci nationaliste. C'est le premier dommage, et il est déjà là.

À moyen terme : le retour de bâton réglementaire. Un marché qui ne s'autorégule pas finit par être régulé de l'extérieur, et rarement avec finesse. Les locataires réclament déjà « un arsenal législatif interdisant la discrimination fondée sur la nationalité, un contrôle renforcé des agences et des sanctions » (enligne.sn). Si la pression monte, la réponse politique pourrait être brutale — encadrements stricts, sanctions, contrôles — et les premiers pénalisés seraient les bailleurs eux-mêmes, y compris ceux qui n'ont jamais discriminé personne. La modération d'aujourd'hui est la meilleure assurance contre la contrainte de demain. Un second effet, moins visible : la diaspora qui envisage de revenir s'installer découvre qu'elle devra se battre pour louer dans son propre pays — un signal désastreux pour qui compte sur les transferts et les retours de compétences.

À long terme : la fragilité d'une rente adossée à des locataires mobiles. C'est le retournement que peu anticipent. Un bailleur qui a organisé son parc autour de la clientèle expatriée a lié son revenu à une population par définition de passage, dont la présence dépend de décisions qui ne se prennent pas à Dakar : budgets d'ONG, arbitrages de sièges, plans de mobilité d'entreprises, contexte régional. Or cette clientèle a une limite : le rapport qualité-prix. Quand un loyer de standing s'accompagne de coupures d'eau ou d'électricité, d'un ascenseur en panne, d'une voirie dégradée, la comparaison avec d'autres capitales de la sous-région se fait vite — et le reproche d'une cherté sans contrepartie de service revient régulièrement dans le débat public. Précisons-le : il n'existe pas d'indice public comparant le coût du logement entre capitales ouest-africaines, et nous ne pouvons donc pas quantifier cet écart ; nous rapportons une critique récurrente, pas une mesure. Mais la logique tient : si les employeurs réduisent leurs enveloppes ou délocalisent des postes, les biens conçus pour cette niche se retrouvent surévalués et sans locataires — pendant qu'une demande locale nombreuse et solvable, celle qu'on avait écartée, aura appris à chercher ailleurs. Le filtre qui semblait protéger la rente aura fabriqué sa vulnérabilité.

Et le coût collectif. Un pays où l'accès au logement dépend de l'origine plutôt que du dossier abîme quelque chose qui ne figure dans aucun bilan comptable : la confiance. Le logement n'est pas un actif comme un autre — c'est là qu'on élève ses enfants, qu'on vieillit, qu'on se projette. En faire un privilège attribué par nationalité, dans son propre pays, c'est envoyer à toute une génération un message qu'aucune croissance ne rattrape.

Comment apaiser le marché

Les pistes évoquées dans le débat public combinent l'incitatif et le contraignant. Côté régulation, les locataires demandent l'interdiction explicite de la discrimination par la nationalité, le contrôle des agences et des sanctions. Côté marché, enligne.sn cite « la promotion d'une offre locative abordable, la transparence des annonces et un dialogue entre toutes les parties » pour « apaiser le marché sans freiner son dynamisme » (enligne.sn).

Trois leviers ne dépendent d'aucune loi et peuvent avancer dès maintenant. Juger sur pièces : substituer au filtre par origine une évaluation documentée — bulletins, relevés, garant, attestation d'employeur —, qui protège mieux le bailleur qu'un préjugé, puisqu'elle regarde la bonne variable. Rendre les prix lisibles : là où le prix d'un bien est public et comparable, le « tarif étranger » devient difficile à tenir, et la surfacturation recule. Développer l'offre de gamme moyenne : tant que les biens corrects sont rares, la compétition restera féroce et la tentation de trier, forte.

Et un principe simple, pour finir, qui vaut pour les deux camps : un marché sain sélectionne des dossiers, pas des origines. C'est plus exigeant qu'une mention dans une annonce. C'est aussi la seule voie qui ne prépare pas la crise suivante.


Cet article s'inscrit dans une série d'enquêtes de Yimmo sur le logement à Dakar. À lire aussi : pourquoi les loyers sont si chers alors qu'on construit partout, ce que la loi dit vraiment de la caution et de l'avance, et à qui appartient le foncier dakarois.

Questions fréquentes

Est-il légal de réserver un logement « aux étrangers » à Dakar ?
C'est une zone grise. Le bailleur est libre de choisir son locataire, mais la non-discrimination et l'égalité sont des principes constitutionnels. Selon enligne.sn (juillet 2026), aucune disposition spécifique et contraignante n'encadre les annonces discriminatoires dans le cadre privé, ni ne prévoit de sanction pénale automatique. Les recours restent essentiellement civils (tribunaux ou médiation), ce que beaucoup jugent insuffisant.
Pourquoi des bailleurs préfèrent-ils les locataires étrangers ?
Pour des raisons économiques : selon enligne.sn, les bailleurs et agences invoquent la solvabilité supérieure des locataires étrangers — paiement en devises, moindre risque d'impayés, rotation plus prévisible. S'y ajoutent des arguments de gestion : crainte des impayés et lenteur perçue des procédures de recouvrement. Ces craintes décrivent un risque individuel, qui s'évalue sur dossier — pas une nationalité.
Un locataire étranger est-il vraiment avantagé à Dakar ?
Pas nécessairement. La préférence dont il bénéficie a un prix : il se voit souvent proposer un « tarif étranger » supérieur, méconnaît les plafonds légaux (caution limitée, avance interdite) et dispose de peu de recours pratiques. Être préféré à l'entrée n'empêche pas d'être surfacturé ensuite. C'est le second tranchant du même marché.
Les garanties légales suffisent-elles à sécuriser un bailleur ?
Ce sont les outils prévus : bulletins de salaire, relevés bancaires, attestation d'employeur, garant, et le dépôt de garantie. La loi plafonne la caution à deux mois pour un loyer ≤ 500 000 FCFA, dont un seul exigible à l'entrée, et interdit l'avance de loyer (décret n° 2023-382, voir notre article dédié). Exiger plusieurs mois d'avance sort du cadre légal : le risque peut donc être évalué sur pièces, sans filtre fondé sur la nationalité.
Que se passe-t-il si des Sénégalais sont durablement écartés du logement chez eux ?
Les effets probables se cumulent : à court terme, éviction vers la périphérie et sentiment d'injustice ; à moyen terme, durcissement du débat public et risque d'une régulation brutale qui pénaliserait aussi les bailleurs, plus un mauvais signal envoyé à la diaspora ; à long terme, un marché dépendant d'une clientèle étrangère mobile, dont le départ laisserait des biens surévalués sans locataires. Ce scénario est une analyse prospective, pas une prévision chiffrée.
Les étrangers sont-ils responsables de la hausse des loyers à Dakar ?
Non. La demande expatriée, souvent portée par des employeurs, des ONG ou des ambassades, contribue à tirer les prix dans les quartiers prisés, mais elle est un facteur parmi d'autres : pénurie de logements abordables, rareté du foncier, régulation floue. Et ce sont fréquemment des bailleurs sénégalais qui arbitrent pour le rendement. Désigner « les étrangers » comme coupables serait un raccourci.

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Liens utilisés dans cet article

Les quatre sources ci-dessous ont été ouvertes et re-vérifiées une par une le 17 août 2026 : chaque chiffre et chaque citation de cet article y figure mot pour mot. Une cinquième source, consultée lors de la préparation (un site professionnel avançant une estimation de rendement de la location courte durée), a été écartée : sa page n'était plus accessible à la re-vérification. Nous avons donc retiré le chiffre correspondant plutôt que de le publier sans source vivante. Les développements de la section « Et si rien ne change ? » sont une analyse assumée de la rédaction, explicitement distincte des faits sourcés.

  1. enligne.sn — Discrimination immobilière : l'État sommé de sévir contre les logements réservés aux étrangers (Mohamed Ndjim, 1er juillet 2026 ; phénomène, justification économique, cadre juridique, Me Baldé/RTS, pistes de solution) : https://www.enligne.sn/letat-somme-de-sevir-contre-logements-reserves-aux-etrangers/
  2. Le360 Afrique — Dakar : des loyers 15 fois supérieurs au salaire moyen d'un Sénégalais (avril 2025 ; salaire moyen ANSD, demande expatriée, loyers pris en charge par employeurs/ONG/ambassades) : https://afrique.le360.ma/societe/dakar-des-loyers-de-15-fois-superieurs-au-salaire-moyen-dun-senegalais_7EKG3ZX6IRBXRNTKQBLHQOTOOI/
  3. Ministère du Renouveau urbain, de l'Habitat et du Cadre de vie — Projet 100 000 logements (déficit de 150 000 logements à Dakar, rareté du foncier) : https://www.urbanisme.gouv.sn/realisations/100-000-logements
  4. Yimmo — Caution et avance à Dakar : combien te demande-t-on vraiment ? (cadre légal du dépôt de garantie et de l'avance, décret n° 2023-382) : https://yimmo.app/blog/caution-avance-loyer-dakar
À propos de cette enquête. Publiée à titre d'information. Les sources sont citées dans le corps du texte et ont été ouvertes à la date de publication ; les liens renvoient aux publications d'origine, dont le contenu peut évoluer. Les constats relatifs à des pratiques de marché sont présentés au niveau général et sectoriel, attribués à leurs sources publiques, et ne mettent nommément en cause aucune personne ni aucune société. Les arguments prêtés aux bailleurs et gérants — notamment les difficultés de recouvrement — sont rapportés comme des propos et perceptions circulant sur le marché, non comme des faits établis ; aucune donnée publique ne les quantifie, et aucune profession n'est ici mise en cause. Les développements sur les conséquences futures sont une analyse prospective explicitement distinguée des faits. Les propos de tiers sont des déclarations déjà publiées par les médias cités. Yimmo est une plateforme technique de mise en relation — ni agence, ni courtier, ni mandataire — et n'intervient dans aucune des transactions décrites. Ceci n'est pas un conseil juridique : pour une situation particulière, consultez un notaire ou un avocat. Conformément à l'article 6 de la loi n° 2008-08, toute personne nommée ou désignée dispose d'un droit de réponse, à exercer dans un délai de trois (3) mois auprès du directeur de la publication : contact@yimmo.app.